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« Mon accent » – Karambolage

Ce soir Petra Mokdad nous parle de la particularité qu’elle a apporté en France de son pays d’origine – son accent libanais.

Ah, tu as un petit accent, ça vient d’où, ce petit accent? – Combien de fois ai-je entendu cette phrase?

Parfois parce que quelqu’un souhaite connaitre mes origines, mais n’ose pas poser la question directement. Parfois la question vient de personnes âgées ravis de s’assurer qu’ailleurs dans le monde on utilise encore leur propre langue – le français. Parfois c’est pour me draguer ou tout simplement encore pour m’aborder autrement.

Eh oui, j’ai un petit accent. Petit? Je ne sais pas. Bref, j’ai un accent, vous l’entendez bien, non? Je vous laisse juger s’il est petit ou énorme.

J’ai apporté cet accent de mon pays avec mes bagages il y a déjà 8 ans pour me lancer dans mon aventure française. Revenons un peu en arrière. Je suis née dans un pays – le Liban, ou l’on parle plusieurs langues. Certes, notre langue maternelle est l’arabe que nous parlons sous une forme dialectale. Mais nous, les libanais, nous sommes fiers de le mélanger avec un peu de français et d’anglais. Il est courant d’entendre les personnes te saluer en disant « Bonjour », te remercier en disant « Merci » et te dire bye bye en guise d’au revoir.

Mais le français garde une relation particulière avec mon pays. Ma mère qui est pourtant une fervente admiratrice et militante de notre langue maternelle disait souvent – la France est la tendre mère de Liban. Si chez nous certaines familles ne parlent que le français au quotidien et ce – sans accent, ce n’est pas du tout le cas de ma famille, d’où mon accent particulier ou original, si vous voulez.

Moi, j’ai appris le français à l’école, mais aussi dans la rue ou on attend souvent des mots français utilisés d’une façon particulière, à la libanaise, si on peut dire. Voilà quelques exemples : « Bonjourak », c’est le bonjour à la Libanaise, le « k » correspond à l’adjectif possessif en arabe, on l’ajoute à « Bonjour » pour désigner que c’est un bonjour particulier à toi seul. « Mitte bonjour » – répond l’autre, ce qui veut dire – 100 bonjours à toi. Je n’ai jamais entendu quelqu’un qui me souhaite 100 bonjours ici, en France.

Mais mon accent est surtout dévoilé avec ce « R » qui malgré tous mes efforts me trahit parfois, surtout quand la discussion est assez intense et chargée d’émotions. À l’université j’avais un professeur qui disait qu’un Libanais né au Liban ne pourra jamais prononcer le « R » comme un Français de France. Bon, je ne sais pas s’il a raison, mais moi en tout cas, mon « R » continue à rouler après 8 ans passés en France.

En fait, cette question que me posent les français sur mon accent, une question souvent bienveillante, m’amuse beaucoup, elle me permet de discuter, d’échanger avec les personnes qui me la posent et c’est une chose assez rare dans la rapidité du quotidien parisien. Et c’est vrai que j’adore tourner autour du pot, quand quelqu’un me demande : « D’où vient votre accent? » Je réponds souvent : « Ah bon, je n’ai pas d’accent, moi ». Il y a ceux qui se sentent un peu gênés et qui répliquent : « Oh, c’est très léger! Mais vous parlez très bien le français ». D’autres qui essayent de relativiser en disant : « Mais c’est très beau, il faut le garder ». Moi, je rigole et je leur dis : « J’ai un accent et j’aimerais le garder – c’est ma marque de fabrique.

 

Mais moi aussi, je me retrouve parfois dans la situation de ces personnes qui s’étonnent des accents des autres. Une fois, j’ai demandé à une personne de quel pays elle venait, elle m’a regardé offusquée, elle venait de Marseille. Je ne savais pas que les accents français peuvent être si différents d’une région à l’autre.